Souks de Marrakech
Au pastis illuminé, aux joints les rires, les propos légers, la tête branlante d’un cheval hilare, Bouch qui dit et ne sait l’instant d’après où il en est. Fatima qui boit, fume. Imen(la fillette de Fatima) dort dans la quiétude d’une couverture berbère aux teintes vives, toujours ce rouge si particulier. Le peintre – inspiré ? ivre ? – d’un tableau unique nous gratifie, des formes imposantes, la femme au sein lourd, corps épais, on dirait d’un Botero. Chacun commente, apporte sa touche.
L’homme artiste perdu en sa sphère de création n’en tient compte, regard au-delà de la toile. Les Français « frankkaoui » fument pétards sur pétards. La tête carmin d’un éclairage aux bougies, le pastis diminue dans la bouteille, laquelle pleure des larmes qui emplissent les verres. L’eau se fait rare. L’on boit sec. Les discours se perdent en circonvolutions oratoires que nul n’écoute, eux-mêmes voyageant au delà du réel. Les putes à l’étage se sont changées. Vêtues d’apparat, leurs appâts attirent les mâles Européens – en mal de solitude ! - ; les lits grincent d’un rythme que les crotales des Gnaouas accompagnent. Au petit matin d’une lueur blafarde, d’un timide soleil, les yeux cillent d’une lourdeur vineuse, lourde la tête. Se recoucher.
Poulets (caquettent ?) ; coqs chantent (pas toujours) ; canards (cancanent ?). Des milliers d’œufs (frais ?) ; des boutiques ouvertes de deux mètres carrés (maximum) en lesquelles la volaille vivante attend son sort. Des plumes volètent. Une odeur fade de sang. Des tabliers usés, noirâtres, troués, des bottes. Le poulet sur pied : quatorze Dhs. Trente pour le coq préférence des marrakchis. Le canard à vingt. Acheté au poids, l’œil juge précis, habitude du vendeur professionnel, qui – sans hésiter – choisit celui qui – avant que d’être pesé – fait l’exact poids.
Par les pattes la bête est amenée au spécialiste du plumage et de sa préparation. D’un coup de couteau tranche le cou. Le bestiau est jeté dans une bassine profonde. On l’entend encore gigoter, la mort ou les nerfs résistent ? Il se vide de son sang. On attend. Sortie de la bassine les plumes rougeoient. Trempée en un bac d’eau chaude, déplumé à l’aide d’une machine. L’homme « machinal » enlève ce qui résiste à l’appareil. Tranche pattes et cou. Ouvre l’anus. Y plonge la main. En ressort les entrailles. Met le foie de côté. Passe le tout dans l’eau chaude. Le corps ainsi préparé. Le poulet délesté de quatre cent grammes. Vous le donne enveloppé en un sac de plastique noir.
Un peu écœuré…Je m’en vais.

