Place Jaama el fna - Marrakech
Etre seul au petit matin dans la pénombre, entrer dans la cuisine, remplir d’eau la cafetière, sortir du frigo le café moulu, en verser deux cuillers à soupe dans le filtre. Brancher .Les premières gouttes tombent. Mouillent le nectar. Puis régulièrement jusqu’au bouillonnement final. Evacuation de vapeurs. Le liquide noir, chaud attend le vouloir servir. Une tasse noire au filigrane d’or. Un morceau de sucre. Touiller lentement. Humer l’arôme. Seul. Debout. Absorber en bouche doucement. Le palais s’éveille. Les papilles en reconnaissent la saveur. L’œsophage s’enflamme. L’estomac de contentement concentre le breuvage. Impression de réchauffement. Seul. A la lumière humide des matins. Profiter de ce plaisir unique dans la quiétude. Se resservir. A petites lampées apprécier. Tout un monde de saveur naît au palais.
La journée peut commencer.
Engoncé dans le blouson de cuir noir, clos hermétique. Marcher d’un bon pas. Sortir de ce Derb humide, froid. Trouver dans la rue – plus chaude ou plutôt moins froide – les premiers rayons du soleil. Le dos se réchauffe. Traverser. Déjà là-bas sur la place Djamel m’aperçoit. Lève la main pour questionner. Quelle quantité : un verre de jus ou une bouteille, pour les hôtes.
Pressées les oranges. Il les mélange à des mandarines. Poser son coude sur l’étal. Regard circulaire de plaisir. Déglutir lentement. Cracher un pépin. Deux mots en commun. Sourires complices, satisfaits. Le jus épais roule en la bouche, se précipite au gosier, une sensation de fraîcheur en l’estomac, une béatitude quotidienne.
Encore peu de gens. Sur la place, assis, tous dans le même sens, écrivains, diseurs de bonne aventure, attendent On dirait statues figées blanches sur goudron noir épais. Certains déjà avec ombrelles, non pour se protéger mais pour attirer l’attention, comme calicots. S’installent les charmeurs de serpents. Aussitôt flûte crécelle agace aux oreilles. Il n’est pas dix heures.
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