Le soir Ă Marrakech en Medina et les riads
La marée humaine au soir s’intensifie, se densifie, presque immobile, charmée, envoûtée ; ce climat, cette ambiance à nulle autre se perpétue depuis des lustres. Aux terrasses élevées des restaurants et cafés les badauds photographient, filment, souvenirs flash.
D’un jaune moutarde délavé des petits taxis - et les grands - groupés sur un coté de la place attendent le client en gesticulant. A l’opposé vertes, numérotées, attelées à deux chevaux - souvent étiques - les calèches patientent.
De cette ville ocre - ce rouge unique Marrakchi - adossée à l’Atlas, de ce soleil si chaud, ce vent si sec, ces gens si avenants, de ces Riads aux patios, jardins intérieurs et terrasses à découvrir, de cette ambiance place Jaama Fna, de ces interminables palabres, de ce patchoulis de remugle d’épices, de sueurs et d’ordures, de ces venelles, de ces échoppes, de ces muezzins, petits taxis, se dégage une atmosphère - Marrakech une gueule d’atmosphère ? - si singulière dont insensiblement l’on s’imprègne jusqu’à - en l’absence - en ressentir le manque.
Chaque Riad à marrakech a son patio ceint d’une terrasse toit plat. Toutes les ouvertures donnent sur le patio, certaines pièces assez sombres, plus fraîches sont occupées à l’été, notamment celles du rez-de-chaussée, la vie - dans le Riad - nomade. Des salons ouverts, des terrasses, balcons et toujours au centre une fontaine ou des arbres fruitiers, orangers, citronniers, bigaradiers parfois un palmier ou un bananier et des plantes aromatiques.
Du toit l’on aperçoit la Koutoubia, au loin l’Atlas et, se dressant tels des géants incongrus, de hauts palmiers à la chevelure hirsute, des cyprès, de ci de là. Sur ces toits terrasses fréquemment aménagés on y passe les soirées - douches, grillades, discussions - sous un ciel étoilé qu’une lune rieuse surveille en sa ronde perpétuelle.
Hélas des paraboles blanches et rondes toutes orientées même direction pour le monde de l’image capter défigurent la beauté pourpre. Là-haut sur les terrasses, dans la pénombre du soir, tels des mollahs en prière – ensemble – tournées – toutes – vers la Mecque, bras ouverts – les antennes de télévision.
Des chatons par millier, dans tous les quartiers, vivent mi-sauvages, ne quémandant point mais attentifs à la miette qui tombe, vifs s’en saisissent et filent. Des enfants encore jeunes - sans mot dire - vous regardent - de loin - consommer. D’un signe vous les invitez, finir votre assiette, voraces ils l’engloutiront - toujours en silence - les yeux remercient - dignes - s’en iront repus jusqu’au demain ou plus tard - dépend de l’aubaine : Inch’Allah !

